Digest BGM — Semaine 15 (6-12 avril 2026)
Nouvelle crise institutionnelle autour de la LEZ
Quarante-trois jours après la formation du gouvernement Dilliès, une première fracture majeure émerge autour de la mise en œuvre de la Low Emission Zone. Le 27 mars, le ministre De Smedt (Anders) a annoncé au Parlement la suspension des amendes LEZ dès le 1er avril, créant une contradiction avec les engagements pris lors de l'accord de gouvernement. Cette décision intervient après une période de tolérance zéro depuis janvier 2026, durant laquelle 4 386 avertissements ont été envoyés par Bruxelles Fiscalité. Le Conseil d'État avait émis un avis très critique sur la baisse des amendes proposée par le MR, pointant une violation du principe de standstill (recul de la protection santé) et un risque juridique réel via la jurisprudence de la Cour constitutionnelle.
Nouveaux dossiers transversaux : BIFFF, enseignement et petite enfance
La semaine a consacré trois nouveaux dossiers transversaux illustrant la « lasagne institutionnelle » bruxelloise. Le BIFFF (44e édition, 3-18 avril) ouvre en format reconfiguré : une seule salle de projection et fenêtre étendue pour trois week-ends supplémentaires. Le dossier révèle une exposition directe aux coupes visit.brussels (−64 % d'ici 2029) et zéro financement néerlandophone, malgré une ligne FWB confirmée de 120 000 €/an. La deadline de candidature au cycle 2027-2030 approche (11 mai), plaçant le festival en situation de fragilité structurelle.
Le dossier Enseignement obligatoire à Bruxelles documente l'impact du plan d'économies FWB (86,7 M EUR en 2026) et de la grève du 9 avril, qui a mobilisé entre 10 000 et 15 000 personnes (doublement vs décembre 2025). Le cortège Mars Attacks a ciblé le siège MR et la place Surlet de Chokier. Côté néerlandophone, les coachs OKAN subissent des coupes de −2/3, impactant 394 élèves bruxellois. La Région n'a aucune compétence directe mais en subit les conséquences.
Le dossier Petite enfance à Bruxelles expose un écart vertigineux de couverture : de 16 % (Anderlecht) à 67 % (Etterbeek), avec 11 200 places manquantes en FWB. Les coupes FWB de −74 M EUR sont partiellement compensées par un fonds d'urgence ONE de 43 M EUR.
Marché du travail : recours massifs et chômage structurel
Le domaine emploi enregistre une montée en charge sur deux fronts. D'une part, 870 recours à l'auditorat du travail de Bruxelles ont été enregistrés entre septembre 2025 et mars 2026 contre les exclusions du chômage — un volume triplé par rapport à l'historique (~900/an). Cette surge est documentée dans 3 650 recours au total dans les quatre auditorats francophones, sans augmentation de personnel et avec des systèmes informatiques incompatibles (ARPT vs Just One).
D'autre part, les chiffres Actiris de mars 2026 montrent 96 113 DEI (taux 15,0 %, −1 746 vs février). L'EFT annuel 2025 de Statbel confirme un chômage ILO de 12,7 % et un emploi de 63,9 %, avec une hausse annuelle marquée chez les jeunes (+9,1 %). Une rupture statistique Actiris est à surveiller.
La démission de Cristina Amboldi (directrice générale d'Actiris, 28 mars) intervient dans ce contexte : elle cite l'absence de consultation sur les 40 M EUR d'économies prévues. Caroline Mancel (DGA) termine également son mandat le 1er avril.
Crises sociales : sans-abri, CPAS et convalescence
Le domaine social concentre trois signaux critiques. Un décompte conjoint KRC/DGDE (19 février) révèle 1 678 mineurs parmi les 9 777 sans-abri dénombrés à Bruxelles, en hausse de +72 % depuis 2020. Samusocial signale 127 refus d'hébergement par semaine pour des familles. L'abri hivernal (285 places) ferme le 31 mars, exposant les ménages à la rue.
Une agression au CPAS d'Anderlecht (25 mars) — impliquant un agent de sécurité et 2 policiers — révèle les tensions sous-jacentes : la réforme fédérale du chômage (limitation à 2 ans) provoque un afflux de 40-50 % d'exclus vers les CPAS, dépassant les projections gouvernementales (33 %). Les communes dénoncent des moyens insuffisants.
Iriscare a lancé un appel à projet pour 130 places de convalescence en RBC (1er avril 2026), avec cofinancement INAMI + Iriscare et une enveloppe de 250 000 EUR. Cette offre intermédiaire hôpital-domicile, inexistante jusqu'à présent, répond à un besoin structurel.
Reconnaissance internationale et démocratie
La Ville de Bruxelles a été désignée Capitale européenne de la démocratie 2027 à l'issue d'un vote citoyen (plus de 5 500 participants issus de 46 États du Conseil de l'Europe + Kosovo). La candidature s'inscrit sous le slogan « Brussels must be DemoCrazy ». Cette reconnaissance succède à Barcelone, Vienne et Cascais, consolidant la position bruxelloise comme laboratoire de gouvernance démocratique.
Source: Brussels Governance Monitor — independent civic monitoring of Brussels governance.