Emploi : une réforme fédérale sans réponse régionale
RetardéCe dossier a pris du retard par rapport à son calendrier officiel.
Le chômage bruxellois augmente (+4,4 % en un an) pendant que la réforme fédérale exclut 42 000 Bruxellois des allocations. En affaires courantes, la Région ne peut pas lancer de nouveaux programmes d'emploi ni répondre pleinement à la crise.
Le chômage à Bruxelles est le plus haut de Belgique. Les programmes pour aider les gens à trouver du travail sont bloqués. Les jeunes sont les plus touchés.
Ce que ça signifie concrètement
La Région ne peut pas créer de nouveaux programmes d'emploi ni adapter ses dispositifs à la réforme fédérale du chômage. Les mesures existantes continuent mais sans possibilité d'ajustement face à la hausse du chômage.
Chiffres clés
96 650
Demandeurs d'emploi (déc. 2025)
15,4%+4,4% sur 1 an
Taux de chômage (admin.)
+3,4%variation annuelle
Chômage des jeunes (<25 ans)
42 000personnes (estimation cumulée)
Exclus des allocations (jan. 2026 – jul. 2027)
7 654courriers BXL (fin de droit 01/07/2026)
4e vague ONEM (courriers art. 63)
0lancés
Nouveaux programmes d'emploi
La double crise
Bruxelles fait face à une situation inédite : la plus grande réforme fédérale du chômage depuis des décennies arrive au moment précis où la Région est incapable de déployer une réponse politique structurelle.
La réforme fédérale du chômage
Depuis le 1er janvier 2026, la réforme adoptée par le gouvernement fédéral limite la durée des allocations de chômage à 24 mois maximum. Les principales mesures :
- Stage d'insertion professionnelle réduit de 12 à 6 mois
- Allocations d'insertion limitées à 12 mois (contre 36 mois auparavant)
- Exclusion massive : selon Actiris, 42 000 Bruxellois seront exclus entre janvier 2026 et juillet 2027, dont 36 000 durant les sept premiers mois
Les communes les plus touchées : Bruxelles-Ville (7 825 exclusions), Schaerbeek (4 761), Anderlecht (4 604), Molenbeek (4 048). À Saint-Josse, Molenbeek et Saint-Gilles, près de 4 % de la population est concernée.
L'incapacité régionale de répondre
En affaires courantes, le gouvernement bruxellois ne peut pas :
- Lancer de nouveaux programmes d'emploi structurels
- Créer la Task Force Emploi réclamée par Brupartners pour mobiliser tous les acteurs bruxellois
- Voter un vrai budget permettant d'augmenter les moyens d'Actiris et de Bruxelles Formation
- Adopter de nouvelles ordonnances en matière d'emploi ou de formation
Ce qui a été fait malgré tout
Le gouvernement en affaires courantes a adopté en juillet 2025 un plan d'action en 7 mesures pour préparer la réforme :
- Simplification du contrôle de disponibilité
- Accompagnement individuel renforcé
- Généralisation des bilans de compétences
- Orientation accrue vers les métiers en pénurie
- Révision des aides à l'emploi
- Modularisation des formations
- Incitation aux études dans les secteurs porteurs
Ces mesures, opérationnelles à partir du 1er mars 2026, représentent ce qu'un gouvernement en affaires courantes peut faire — mais restent en deçà de la réponse structurelle que les partenaires sociaux jugent nécessaire.
La 4e vague ONEM
En janvier 2026, l'ONEM a envoyé 7 654 courriers (art. 63) aux demandeurs d'emploi bruxellois, les informant d'une fin de droit aux allocations d'insertion au 1er juillet 2026. Actiris se prépare à absorber un afflux massif de réinscriptions dès mars 2026, en anticipation du basculement.
Par ailleurs, le contrôle renforcé des jeunes de moins de 25 ans entre en vigueur le 1er mars 2026 : les jeunes en stage d'insertion devront démontrer une recherche active d'emploi sous peine de suspension anticipée.
Le dialogue social bloqué
En juin 2025, marquant un an sans gouvernement, Brupartners a identifié 10 mesures urgentes, dont une « Task Force Emploi » pour répondre aux impacts de la réforme. Malgré le Sommet social de 2025, le dialogue entre partenaires sociaux et gouvernement reste structurellement limité : les avis de Brupartners ne trouvent pas d'interlocuteur habilité à légiférer.
Ce qui continue de fonctionner
- Actiris : inscription, accompagnement, matching, statistiques mensuelles
- Bruxelles Formation et VDAB Brussel : formations existantes maintenues
- Contrat d'insertion : programme existant pour les jeunes de moins de 25 ans
- Garantie pour la Jeunesse : engagement d'Actiris auprès des jeunes demandeurs d'emploi
L'impact sur les CPAS
Les personnes exclues des allocations de chômage se tourneront vers les CPAS pour obtenir le Revenu d'Intégration Sociale (RIS). Fin 2025, 20 038 demandeurs d'emploi bruxellois (20,7 %) étaient déjà inscrits au CPAS. La compensation fédérale est dégressive : 100 % la première année, 75 % la quatrième. Les CPAS bruxellois décrivent la situation comme « le calme avant la tempête ».
Pourquoi c'est important
L'emploi est le premier déterminant de la qualité de vie. Avec un taux de chômage de 15,4 % (déc. 2025) — le plus élevé des trois Régions belges — et une réforme fédérale qui exclut 42 000 personnes sur 18 mois (estimation Actiris), Bruxelles a besoin d'une réponse politique régionale forte. En affaires courantes, cette réponse ne peut pas venir.
Sources
- Actiris — Chiffres du chômage en Région bruxelloise (déc. 2025)(consulté le 6 février 2026)
- Statbel — Emploi et chômage (Enquête forces de travail, T3 2025)(consulté le 6 février 2026)
- Brupartners — Un an sans gouvernement : 10 mesures urgentes (juin 2025)(consulté le 6 février 2026)
- Bruxelles Formation — Plan d'action face à la réforme du chômage (juil. 2025)(consulté le 6 février 2026)
- BX1 — Au moins 32 000 Bruxellois exclus du chômage en janvier 2026 (FGTB)(consulté le 6 février 2026)
- IBSA — Panorama socio-économique 2025 (PDF)(consulté le 6 février 2026)
- Brulocalis — Impact de la réforme du chômage sur les CPAS bruxellois (PDF)(consulté le 6 février 2026)
- Parlement bruxellois — Site officiel(consulté le 7 février 2026)
- ONEM — Office national de l'emploi(consulté le 7 février 2026)
Dernière mise à jour : 8 février 2026
Ce que BGM ne dit pas
Cette fiche ne dit pas que la hausse du chômage est causée par l'absence de gouvernement — elle documente que les mesures régionales de réponse sont gelées pendant que le taux évolue. La dynamique de l'emploi dépend de facteurs multiples (conjoncture, réforme fédérale, structure économique).
Pour aller plus loin
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