ACS : le pilier fragilisé de l'emploi non marchand bruxellois
~10 000 postes ACS à Bruxelles (6 700 actifs), budget régional de ~250M EUR via Actiris. Aucun nouveau poste créé depuis 2007. La 6e réforme de l'État a transféré la compétence aux Régions. La réforme régionale engagée depuis 2015 transforme l'outil de soutien structurel en politique d'activation. Le non-marchand manifeste (3 février 2026) pour un accord social.
Budget estimé
~250 millions EUR/an (primes ACS + cotisations réduites)
Chiffres clés
~10 000
Postes ACS subsidisés (fin 2017)
~6 700
Postes actifs (estimation 2024)
1 312
Employeurs ACS
>7 000
Postes Loi-Programme (ASBL + administrations)
~2 500
Postes pouvoirs locaux
~30 000EUR
Coût annuel par ACS
2007(sauf puéricultrices plans cigognes)
Dernière création de postes
19catégories
Types de prime
43,8millions EUR (exercice 2024)
Subvention compensatoire pouvoirs locaux
550postes (programme arrêté en déc. 2023)
ACS insertion supprimés
276millions EUR (budget adapté, 16 avril 2026)
Budget ACS 2026
67millions EUR (ambitions maintenues)
Budget partenariats Actiris 2026
~28millions EUR (vs 40 M€ initial, −12 M€)
Effort économies politiques emploi 2026
735(est. — 347 selon le cabinet Hublet ; voir dossier)
Signal — titres-services / économie sociale : emplois menacés
Alertes
- Non-marchand : manifestation pour un accord social et des investissements3 février 2026
- DPR 2026 : poursuite de la réforme ACS annoncée13 février 2026
- Aucun nouveau poste ACS créé depuis 200731 décembre 2007
- Manifestation nationale le 12 mars 2026 (front commun syndical)12 mars 2026
- Démission de Cristina Amboldi, DG d'Actiris (30 mars 2026)30 mars 2026
- Budget Actiris 2026 adapté — effort ramené de 40 à 28 M€, article 20 préservé16 avril 2026
- Titres-services / économie sociale : 735 emplois menacés au 1er janvier 2027, conseil de gouvernement le 21 mai20 mai 2026
Acteurs impliqués
Qu'est-ce que le dispositif ACS ?
Les Agents Contractuels Subventionnés (ACS) constituent le principal mécanisme de soutien à l'emploi dans le secteur non marchand bruxellois. Le dispositif fonctionne sur un double levier : une prime régionale (indexée selon les barèmes de la fonction publique) et une réduction des cotisations sociales patronales à 0,56 %. Les postes sont destinés aux demandeurs d'emploi inscrits chez Actiris, avec des conditions d'éligibilité liées à la durée de chômage, l'âge ou le handicap.
À fin 2017, environ 10 000 postes étaient subsidiés auprès de 1 312 employeurs : plus de 7 000 dans les ASBL et administrations (postes « Loi-Programme ») et environ 2 500 dans les pouvoirs locaux. En 2024, le nombre de postes actifs est estimé à environ 6 700 — la différence s'explique par les postes non remplacés dans le délai de 6 mois imposé depuis 2015.
Historique et transfert de compétence
Le dispositif ACS existe depuis 1987, créé à l'origine comme outil de lutte contre le chômage bruxellois. La 6e réforme de l'État (2014) a transféré la compétence emploi — y compris les ACS — du fédéral vers les Régions, donnant à la Région bruxelloise la pleine responsabilité de ce mécanisme.
Contrairement à la Flandre (qui a transformé les APE/ACS en un système de « Vlaamse Ondersteuningspremie ») et à la Wallonie (réforme APE achevée en 2022), Bruxelles n'a pas encore mené sa réforme à terme. Le dispositif fonctionne depuis lors sous un régime transitoire.
La réforme de 2015 : virage vers l'activation
En mars 2015, le gouvernement bruxellois a engagé une réforme majeure, portée par Actiris. Les mesures-clés :
- Suppression des dérogations ministérielles à 100 % pour les subsides
- Délai de 6 mois pour pourvoir un poste vacant (non extensible, poste perdu ensuite)
- Suppression des avances pour les nouvelles embauches après le 1er mars 2015
- Évaluation systématique de tous les postes : 351 ASBL classées « à haut risque »
- Recadrage des dérogations de diplôme : les dérogations « vers le haut » (permettant d'engager un surdiplômé) progressivement supprimées pour recentrer le dispositif sur les publics peu qualifiés
Ce virage marque un changement de philosophie : les ACS passent d'un soutien structurel au secteur social vers une politique d'activation des chômeurs, où le poste ACS doit servir de tremplin vers un emploi durable. Le secteur non marchand dénonce ce glissement : les postes ACS occupent souvent des fonctions permanentes et essentielles (aide à domicile, accueil petite enfance, cohésion sociale), incompatibles avec une logique de « tremplin ».
Le différentiel ACS : un sous-financement structurel
Le problème central identifié par BRUXEO (fédération des employeurs non marchands) est le « différentiel ACS » : les employeurs doivent offrir aux travailleurs ACS les mêmes salaires et conditions que le personnel ordinaire, mais la prime régionale ne couvre pas l'intégralité du coût.
Trois facteurs aggravent cet écart :
- Les accords du non-marchand (COCOF/COCOM) prévoient des barèmes salariaux plus élevés que ceux reconnus par la prime ACS
- La prime ne tient compte que de l'ancienneté ACS, pas de l'expérience sectorielle antérieure
- Les nouveaux avantages négociés (jours de congé supplémentaires, primes) s'appliquent aux travailleurs ACS sans budget complémentaire
Les employeurs absorbent donc la différence, ce qui fragilise les structures les plus petites et les plus dépendantes des subsides.
Mobilisation du non-marchand (février 2026)
Le 3 février 2026, des centaines de travailleurs du secteur non marchand ont manifesté devant le 16, rue de la Loi à Bruxelles, réclamant un accord social sectoriel et des investissements immédiats. Les syndicats (CNE, CGSLB, FGTB) dénoncent :
- La dégradation des conditions de travail dans les secteurs essentiels (soins, aide sociale, accueil)
- Le gel de l'emploi subsidié depuis près de 20 ans (aucun nouveau poste ACS depuis 2007)
- Le report annoncé d'un accord social à 2028, jugé inacceptable
Une manifestation nationale est prévue le 12 mars 2026 à Bruxelles (rassemblement Gare du Nord, 10h). Organisée par le front commun syndical (FGTB, CSC, CGSLB), elle dépasse le seul non-marchand : les revendications portent sur les pensions (« malus Jambon »), les sanctions chômage/maladie, le saut d'index « light » et le désinvestissement des services publics. Un préavis de grève couvre la SNCB (8-11 mars) et la STIB (12 mars).
Suppression des ACS insertion (décembre 2023)
En décembre 2023, le gouvernement bruxellois sortant a supprimé les 550 postes ACS insertion — un programme créé sous la législature précédente ciblant les jeunes de moins de 26 ans peu qualifiés dans le non-marchand. Le cabinet Clerfayt a invoqué une évaluation du Bureau fédéral du Plan et de l'IBSA concluant que le programme n'atteignait pas ses objectifs. Le secteur a dénoncé l'absence de concertation préalable et l'arrêt brutal sans mesure de transition.
Subvention compensatoire pour les pouvoirs locaux
La réforme ACS dans les communes et CPAS a été compensée par une subvention régionale annuelle. L'arrêté du 5 décembre 2024 fixe cette subvention à 43,8 millions EUR pour l'exercice 2024, couvrant les communes, les CPAS et Les Cuisines bruxelloises. Le montant est calculé sur base des coûts de référence 2018, indexé à 2 % par an pour la part cotisations sociales. En contrepartie, les employeurs doivent transmettre systématiquement leurs offres d'emploi à Actiris.
DPR 2026 : quelles perspectives ?
La Déclaration de Politique Régionale du 13 février 2026 mentionne la « poursuite de la réforme ACS ». Le dossier est lié aux autres engagements emploi de la DPR (objectif 70 % de taux d'emploi, activation renforcée, bilinguisme). La scission des compétences Emploi/Formation entre deux ministres différents à la COCOF (Hublet aux Engagés pour l'Emploi, Dilliès au MR pour la Formation) complexifie le pilotage.
Budget Actiris 2026 adapté (avril 2026)
Le 26 mars 2026, le Comité de gestion d'Actiris a rejeté une première mouture du budget 2026 lors d'une réunion décrite comme « extrêmement tendue » : les représentants des employeurs (Beci, UCM) et les partenaires sociaux (syndicats, non-marchand) n'ont pu s'accorder sur des économies de 40 millions EUR imposées aux politiques d'emploi par le nouveau gouvernement bruxellois. La directrice générale Cristina Amboldi, estimant ne pas être soutenue, a quitté la réunion puis présenté sa démission le 30 mars 2026. Son adjointe Caroline Mancel a terminé son mandat au 31 mars. La gestion courante est assurée par le Comité de gestion pendant la procédure de recrutement de la nouvelle direction.
Le jeudi 16 avril 2026, le gouvernement bruxellois s'est accordé sur un budget Actiris 2026 adapté. Selon le ministre de l'Emploi Laurent Hublet (Les Engagés), l'effort initial de 40 M€ est ramené à ~28 M€ en 2026 (−12 M€). Concessions principales concernant les ACS et le non-marchand :
- Article 20 préservé : pas de suppression du mécanisme de dérogation
- Uniformisation à 95 % abandonnée : maintien des taux de subvention différenciés
- Politique des partenariats d'Actiris : ambitions intégrales maintenues, 67 M€ préservés
- Budget ACS consolidé : 276 M€ en 2026
- Conventions Premiers Emplois (CPE) : maintien d'une part importante dans les administrations bruxelloises
La prime Activa.brussels est confirmée supprimée, remplacée par un nouveau dispositif en 2027. Le gouvernement invoque une étude indiquant que ses bénéficiaires étaient majoritairement non-bruxellois. Florence Lepoivre (FGTB Bruxelles) décrit la réforme Activa comme « peut-être la mesure la moins problématique », tout en rappelant les inquiétudes plus larges sur les contraintes budgétaires régionales.
Le budget adapté doit encore être présenté au Comité de gestion d'Actiris et traduit dans un ajustement budgétaire régional voté au Parlement bruxellois.
Enjeux à suivre
- Accord social non-marchand : aboutira-t-il avant 2028, comme le demandent les syndicats ?
- Différentiel ACS : la Région revalorisera-t-elle les primes pour combler l'écart salarial ?
- Création de postes : le gel en vigueur depuis 2007 sera-t-il levé pour répondre aux besoins croissants (aide à domicile, accueil de la petite enfance, cohésion sociale) ?
- Articulation Emploi/Formation : la scission COCOF Hublet/Dilliès permettra-t-elle un pilotage cohérent d'Actiris et Bruxelles Formation ?
- Impact de la réforme du chômage : les 42 000 exclusions prévues augmenteront la pression sur le secteur non marchand (CPAS, aide sociale), qui manque déjà de moyens. En février 2026, 20 792 inscrits CPAS figurent parmi les DEI (+17,5 % sur un an) — un signal avant-coureur de la vague à venir dès juillet 2026 (source : DH / Actiris, 5 mars 2026)
Domaines liés
Secteurs liés
Sources
- CBCS — Le destin précaire des ACS bruxellois (fév. 2015)
- BRUXEO — Dispositif ACS : chiffres et enjeux
- Actiris — Contrat pour agents contractuels subventionnés
- MonASBL.be — ACS : une aide spécifique pour le non marchand bruxellois
- MonASBL.be — Réforme ACS : quels changements pour les ASBL ?
- GuideSocial — ACS en RBC : la fin des dérogations aux conditions de diplôme ?
- L'Avenir — Action du non-marchand à Bruxelles (3 fév. 2026)
- BX1 — Centaines de travailleurs du non-marchand devant le Parlement (3 fév. 2026)
- RTBF — Le gouvernement bruxellois supprime les emplois d'ACS insertion (déc. 2023)
- FGTB — Manifestation nationale le 12 mars 2026
- CSC — Tout savoir sur l'action du 12 mars 2026
- Arrêté RBC — Subvention compensatoire ACS pouvoirs locaux 2024 (43,8 M€)
- DH — Avec près de 100 000 demandeurs d'emploi, le taux de chômage atteint 15,3 % à Bruxelles (5 mars 2026)
- La Libre — La directrice générale d'Actiris a présenté sa démission (30 mars 2026)
- RTBF — Le gouvernement bruxellois valide un budget 2026 adapté pour Actiris (16 avril 2026)
- Guide Social — Région bruxelloise : le budget 2026 adopté, les aides ACS dans le viseur (27 mars 2026)
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