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Brussels Governance Monitor
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Enseignement obligatoire à Bruxelles : l'impact des économies FWB et Vlaamse Gemeenschap

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Un enfant sur deux à Bruxelles dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sa scolarité obligatoire, l'autre de la Communauté flamande. Ces deux niveaux de pouvoir — sur lesquels la Région n'a aucune prise — imposent en 2026 des économies simultanées : 86,7 M EUR dans l'enseignement obligatoire FWB, coupes de deux tiers sur les coachs OKAN côté flamand. La grève du 9 avril 2026 illustre une crise sociale qui s'installe dans les murs des écoles bruxelloises.

Estimated budget

86,7 M EUR économies FWB 2026 (enseignement obligatoire) + 2/3 réduction coachs OKAN côté Vlaamse

Key figures

86,7millions EUR (sur 500 M au total 2026-2029)

Économies FWB — enseignement obligatoire 2026

22h/semaine (+2h vs avant)

Heures de cours — secondaire supérieur (FWB)

60%(vs 80-70 % auparavant)

Congé maladie — taux maintenu après épuisement

-2/3des moyens alloués à l'accompagnement des primo-arrivants

Réduction coachs OKAN (Vlaamse, Bruxelles)

394élèves primo-arrivants (2024-2025)

Élèves OKAN — enseignement secondaire néerlandophone Bruxelles

~45établissements en FWB (Wallonie + Bruxelles)

Écoles mobilisées — collectif Mars Attacks

35%du personnel (9 avril 2026) vs 24 % en déc. 2025

Grévistes — Institut Maris Stella (Laeken, Bruxelles)

53 600~1 élève sur 5 (2024-2025)

Élèves néerlandophones à Bruxelles

1 194EUR (vs 835 EUR avant — rattrapage indexation depuis 2011)

Minerval enseignement supérieur FWB (2026-2027)

Alerts

  • Grève générale de l'enseignement FWB — 9 avril 20269 April 2026

Stakeholders

Fédération Wallonie-Bruxelles (gouvernement Glatigny MR/Les Engagés)Vlaamse Gemeenschap (enseignement néerlandophone)COCOF (Commission communautaire française)VGC (Vlaamse Gemeenschapscommissie)Onderwijscentrum Brussel (OCB)GO! Scholengroep BrusselCGSP Enseignement, CSC-Enseignement, SLFPCollectif Mars Attacks

Pourquoi ce dossier concerne directement les Bruxellois

À Bruxelles, l'école de votre enfant est gérée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (si elle est francophone) ou par la Communauté flamande (si elle est néerlandophone). La Région de Bruxelles-Capitale — celle pour laquelle votre famille paie des impôts régionaux — n'a quasiment aucun pouvoir sur l'enseignement obligatoire. C'est la première anomalie de la « lasagne institutionnelle » pour les parents bruxellois : le gouvernement bruxellois ne peut pas empêcher les économies décidées à Bruxelles-ville au Parlement de la FWB, ni celles décidées à Bruxelles-Botanique au Parlement flamand.

En 2026, ces deux niveaux de pouvoir — sur lesquels la Région bruxelloise n'a pas de levier — imposent simultanément des économies qui touchent :

  • les profs et directions bruxellois (secondaire, primaire, spécialisé) ;
  • les élèves francophones (fin de la gratuité en P1-P3, hausse du minerval) ;
  • les élèves néerlandophones primo-arrivants (coachs OKAN réduits des deux tiers) ;
  • les étudiants du supérieur (+ 359 € de minerval par an).

Volet Fédération Wallonie-Bruxelles (enseignement francophone)

Le plan budgétaire Glatigny : 86,7 M EUR dans l'enseignement obligatoire (2026)

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dirigé par la ministre de l'Éducation Valérie Glatigny (MR), a annoncé en octobre 2025 un plan d'économies de 500 millions d'euros sur la période 2026-2029, dont 255 millions en 2026. L'enseignement obligatoire porte la part la plus lourde avec 86,7 millions d'euros de coupes la première année.

Les mesures concrètes pour l'année scolaire 2026-2027 :

  • Temps de travail des profs : les enseignants du secondaire supérieur passent de 20 à 22 heures de classe par semaine, alignant leur charge sur le secondaire inférieur. Pour une école bruxelloise, cette réforme réduit mécaniquement le nombre de postes temporaires (moins d'heures restantes à répartir).
  • Congés maladie : après épuisement des jours de maladie, le taux maintenu passe de 80-70 % à 60 % — une perte de pouvoir d'achat pour les profs déjà précarisés.
  • Moyens de fonctionnement : les dotations aux écoles ne sont pas indexées en 2026 — soit, en pratique, une baisse réelle.
  • Gratuité scolaire en primaire : suppression de la gratuité pour les grades P1 à P3, réorientée vers les budgets d'école avec « économies modestes ».
  • Statut des enseignants : la nomination définitive est remplacée par un nouveau contrat « CDI-E » (contrat à durée indéterminée modèle écoles) à partir de 2027. Les nouveaux profs ne bénéficieront plus de la sécurité d'emploi historique.
  • Enseignement supérieur : rattrapage de l'indexation du minerval depuis 2011 — le tarif standard passe de 835 € à 1 194 € par an dès la rentrée 2026-2027, soit + 43 %. Côté bruxellois, cela affecte directement les familles d'étudiants à l'ULB, la VUB (via son volet FWB), l'USL-B, les Hautes Écoles francophones.

Le gouvernement FWB affirme avoir « protégé » les salaires des enseignants actuels, l'indexation pour les profs en poste, les tailles de classes et la réforme de la formation initiale. Il annonce aussi une hausse de 5 % du salaire des nouveaux profs diplômés de master à partir de 2027.

Source : La DH (10 oct. 2025) ; Bruxelles Today (2026).

Grève générale du 9 avril 2026 : les écoles bruxelloises en front commun

Le 9 avril 2026, les syndicats de l'enseignement (CGSP-Enseignement, CSC-Enseignement, SLFP) en front commun ont mené une manifestation nationale à Bruxelles contre le plan Glatigny. Départ du cortège principal à 10 h depuis la Gare du Midi, parcours sur la petite ceinture jusqu'à la rue du Congrès (arrivée vers 15 h).

À l'Institut Maris Stella (Laeken) — école secondaire bruxelloise citée par RTBF via sa directrice Imane Kenfaoui — le taux de grévistes atteint 35 % du personnel le 9 avril, contre 24 % lors de la grève de décembre 2025. « On est sur un malaise qui s'installe dans les murs de l'école », décrit-elle, reprochant au gouvernement FWB un passage d'une logique de « réformes co-construites » à une logique « top-down » : « la politique décide, nous appliquons, et nous découvrons les difficultés sur le terrain ».

La CGSP Enseignement dénonce :

  • l'augmentation de la charge de travail ;
  • le sous-investissement dans les infrastructures scolaires bruxelloises (dont plusieurs écoles nécessitent des rénovations urgentes) ;
  • les mesures pénalisantes pour les enseignants malades ;
  • la suppression programmée de plus de 100 postes de conseillers au soutien et à l'accompagnement.

Sources : RTBF (9 avril 2026) ; Bruxelles Today ; L'Avenir.

Collectif « Mars Attacks » : la contestation descend dans les écoles

Parallèlement aux grèves syndicales, un collectif spontané de directions et d'enseignants — « Mars Attacks » — s'est constitué en mars 2026. Démarré avec 13 écoles, il regroupe désormais environ 45 établissements répartis entre la Wallonie et Bruxelles. Ce collectif dénonce une logique d'économies qui, selon eux, déstabilise durablement le métier d'enseignant et la qualité de l'enseignement.

Une action intersectorielle est annoncée pour le 12 mai 2026 (santé, éducation, non-marchand, en lien avec les pensions fédérales).

Source : RTBF, « Mars Attacks : la riposte des écoles ».

Volet Communauté flamande (enseignement néerlandophone)

Coupes sur les coachs OKAN : un élève primo-arrivant sur deux perd son accompagnement

Le 20 mars 2026, la Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC) a tenu un débat sur l'impact du budget flamand 2026 sur l'enseignement néerlandophone à Bruxelles. Le principal point de friction : la réduction de deux tiers des moyens alloués aux coachs OKAN (Onthaalklas Anderstalige Nieuwkomers), qui accompagnent les élèves primo-arrivants dans leur transition vers l'enseignement ordinaire.

Les écoles bruxelloises directement impactées :

ÉtablissementAvantAprèsPerte
Sint-Guido Instituut4 ETP1 ETP−75 %
Anneessens-Funck Instituut8 ETP3 ETP−62,5 %
Don Bosco Sint-Pieters-Woluwe3 ETP1 ETP−67 %
GO! Atheneum Woluwe36 h14 h−61 %

En 2024-2025, 394 élèves primo-arrivants étaient scolarisés en OKAN au niveau secondaire à Bruxelles. La réduction des coachs signifie qu'un nombre important de ces jeunes — souvent issus de familles récemment arrivées à Bruxelles, non-néerlandophones au départ — perdent l'accompagnement qui facilite leur intégration dans le système ordinaire.

Réactions politiques :

  • Emile Luhahi (Groen) dénonce « un bain de sang » et considère que la mesure menace l'ensemble du système OKAN. Il argumente qu'« une politique copiée-collée de la Flandre ne fonctionne pas à Bruxelles », au regard de la réalité multilingue et diverse de la région.
  • Dirk De Smedt (Anders.) répond que les coupes ciblent spécifiquement les coachs de suivi, pas l'enseignement OKAN lui-même, et que les écoles reçoivent par ailleurs des moyens supplémentaires pour le renforcement linguistique en néerlandais.

Source : BRUZZ, 20 mars 2026.

Autres mesures Vlaamse 2026 impactant les Bruxellois

  • Enseignement supérieur : coupes de plus de 80 millions d'euros, dont 46 millions sur les budgets de fonctionnement des universités et hautes écoles. La VUB (Vrije Universiteit Brussel) a publié un communiqué en mars 2026 dénonçant l'ampleur des coupes. Les étudiants verront leur minerval augmenter de 150 € par an dès la rentrée 2026-2027.
  • Bourses d'études : −33,8 M EUR sur les bourses étudiantes — impact direct sur les étudiants bruxellois néerlandophones à revenus modestes.
  • Cours de religion et morale : économies de 33 M EUR en 2026, puis 100 M EUR/an à partir de 2027, via une réforme décidée par le gouvernement flamand le 30 janvier 2026.
  • Accueil extrascolaire GO! : à partir du 1er septembre 2026, le réseau GO! (enseignement public flamand) ne finance plus le personnel chargé de l'accueil avant et après l'école. Une charge qui retombera sur les communes, les parents ou disparaîtra.

La double lasagne : qui décide quoi pour l'école de votre enfant ?

NiveauCompétence sur l'école d'un enfant bruxellois
Fédération Wallonie-BruxellesTout l'enseignement francophone : programmes, financement, statut des profs, examens, gratuité
Vlaamse GemeenschapTout l'enseignement néerlandophone : programmes, financement, statut des profs, examens
COCOFFormation professionnelle francophone à Bruxelles, quelques dispositifs périphériques
VGCInfrastructures scolaires néerlandophones, soutien pédagogique (Onderwijscentrum Brussel), accueil extrascolaire, bibliothèques
Communes bruxelloisesRéseau scolaire communal, entretien des bâtiments, accueil extrascolaire, cantines
Région bruxelloiseAucune compétence directe sur l'enseignement obligatoire. Peut coordonner (Masterplan Tweetaligheid, formation professionnelle via Bruxelles Formation), financer les rénovations via Beliris, mais ne peut ni embaucher des profs, ni définir des programmes, ni compenser les économies décidées ailleurs.

Cette fragmentation explique pourquoi aucune décision régionale bruxelloise ne peut annuler ou atténuer les économies décidées à Bruxelles-Ville au Parlement de la FWB (rue de la Loi) ou au Parlement flamand (rue du Gouvernement provisoire). Le parent bruxellois qui veut défendre l'école de son enfant doit s'adresser au bon niveau de pouvoir — une information que les familles précarisées, ou non-francophones/non-néerlandophones, ont le plus de mal à obtenir.

Engagement régional (DPR 2026) : le Masterplan Tweetaligheid

La Déclaration de Politique Régionale bruxelloise du 12 février 2026 prévoit un Masterplan Tweetaligheid (bilinguisme), mais celui-ci concerne uniquement :

  • la formation des agents régionaux ;
  • les services communaux (bilinguisme fonctionnel) ;
  • les hôpitaux bruxellois.

Il ne couvre pas l'enseignement obligatoire, qui reste une compétence communautaire exclusive. Les Bruxellois restent donc dépendants des choix budgétaires de la FWB et de la Vlaamse Gemeenschap pour l'école de leurs enfants.

Ce qu'il faut surveiller

  1. 12 mai 2026 : action intersectorielle nationale annoncée (enseignement, santé, non-marchand, pensions fédérales).
  2. Mise en œuvre du CDI-E (2027) : les premières cohortes de nouveaux profs FWB recrutés sous statut précaire.
  3. Cohorte OKAN 2026-2027 : suivi du nombre d'élèves primo-arrivants accompagnés vs non accompagnés à Bruxelles.
  4. Fermeture de classes et réaffectations dans les écoles bruxelloises à la rentrée 2026-2027, en lien avec la nouvelle charge horaire des profs.
  5. Dotations communales : comment les communes bruxelloises absorbent-elles le retrait du financement GO! pour l'accueil extrascolaire ?

Sources et méthodologie

Les faits exposés dans ce dossier proviennent de sources de presse vérifiées (RTBF, BRUZZ, La DH, L'Avenir, Bruxelles Today) et de communiqués institutionnels (VGC, CGSP Enseignement). Les montants FWB proviennent du plan budgétaire du gouvernement Glatigny communiqué en octobre 2025. Les chiffres OKAN proviennent du débat VGC du 20 mars 2026.

BGM ne porte pas de jugement sur l'opportunité des économies décidées par la FWB ou la Vlaamse Gemeenschap — il documente leurs effets concrets sur les Bruxellois, conformément à sa mission de miroir transparent de la gouvernance à Bruxelles.

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