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Brussels Governance Monitor
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Climat : des objectifs sans moyens d'action

Retardé

Ce dossier a pris du retard par rapport à son calendrier officiel.

Vérifié récemment · 8 févr. 2026
Estimation BGMEstimé par BGM (méthode documentée)

Les objectifs climatiques bruxellois (-40 % de CO2 d'ici 2030) restent sans moyens nouveaux. Les primes Renolution sont réduites, les nouvelles phases du Plan Air-Climat-Énergie (PACE) sont gelées, et aucun investissement structurel ne peut être décidé en affaires courantes.

En bref (lecture facile)

Bruxelles a des objectifs pour le climat mais ne peut rien faire de nouveau. Les primes pour isoler les maisons sont réduites. Les plans climat sont en pause.

Ce que ça signifie concrètement

Les nouvelles phases du Plan Air-Climat-Énergie ne peuvent pas être lancées. Les primes Renolution sont réduites aux enveloppes existantes. La trajectoire vers l'objectif de -40 % de CO2 d'ici 2030 prend du retard faute de décisions nouvelles.

Chiffres clés

-47%vs 2005 (Fit for 55)

Objectif réduction CO2 2030

Diesel Euro 5 interditdepuis 01/01/2026 (~225 000 véhicules)

LEZ renforcée

42,2millions EUR impayés

Primes Renolution (arriéré)

Gelé

Plan Climat (nouvelles phases)

~21µg/m3 (limite UE 2030 : 20)

Qualité de l'air (NO2 fond urbain)

0projets lancés

Nouveaux investissements climat

Des objectifs ambitieux, une trajectoire incertaine

La Région de Bruxelles-Capitale s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 47 % d'ici 2030 par rapport à 2005, dans le cadre du Plan Air-Climat-Énergie (PACE) adopté définitivement en mai 2023. Cet objectif, aligné sur le paquet européen « Fit for 55 », nécessite des investissements massifs dans la rénovation des bâtiments, la mobilité durable et la transition énergétique.

Depuis juin 2024, le gouvernement régional est en affaires courantes. Aucune nouvelle décision politique structurelle ne peut être prise. Le PACE continue sur sa lancée pour les programmes déjà approuvés, mais les nouvelles phases sont gelées.

Les primes Renolution sous pression

Le dispositif

Renolution est le guichet unique des primes à la rénovation et à l'énergie en Région bruxelloise. Il regroupe les anciennes primes énergie, rénovation et embellissement de façade. Le dispositif vise à accélérer la rénovation du parc immobilier bruxellois, dont plus de 70 % des bâtiments résidentiels datent d'avant 1970.

Ce qui est bloqué

En affaires courantes, les primes existantes continuent d'être traitées dans les limites du budget voté. Cependant :

  • Pas de revalorisation des montants des primes malgré l'inflation
  • Pas de nouveaux programmes ciblant les passoires énergétiques les plus critiques
  • Réduction de l'enveloppe disponible : les douzièmes provisoires ne permettent pas d'augmenter les montants alloués
  • Files d'attente allongées : les délais de traitement des dossiers ont augmenté faute de renforts administratifs

Le secteur de la construction, qui dépend fortement de ces primes pour la rénovation résidentielle, signale un ralentissement des projets de rénovation énergétique.

La crise des impayés Renolution

Fin 2025, l'arriéré de paiements Renolution atteignait 42,2 millions EUR — des primes approuvées mais non versées aux demandeurs, faute d'enveloppe budgétaire suffisante en douzièmes provisoires. Des milliers de ménages ayant engagé des travaux de rénovation sur la foi de la prime attendent leur remboursement depuis des mois.

Un collectif de demandeurs lésés, sous le nom « Renillusion », a annoncé une action en justice collective programmée pour le 1er juillet 2026 si les paiements ne sont pas régularisés. Cette crise sape la crédibilité du dispositif et freine les nouvelles demandes de rénovation.

Le Plan Air-Climat-Énergie (PACE) à l'arrêt

Les acquis

Le PACE, adopté en 2016, renforcé en 2019, puis révisé en mai 2023 avec un objectif rehaussé à -47 % (aligné « Fit for 55 »), a permis :

  • La mise en place du système de certificats PEB (Performance Énergétique des Bâtiments)
  • Le développement du réseau de chaleur
  • L'extension progressive de la zone de basses émissions (LEZ)
  • Le soutien à l'isolation des bâtiments publics

Ce qui nécessite un gouvernement de plein exercice

  • Nouvelles phases du PACE : l'évaluation et la révision du plan pour la période 2025-2030 nécessitent une décision gouvernementale
  • Objectifs contraignants par secteur : la répartition de l'effort entre bâtiments, transport et industrie n'a pas été actualisée
  • Financement de la transition : les enveloppes pluriannuelles ne peuvent être engagées en douzièmes provisoires
  • Coordination avec le fédéral : le Plan National Énergie-Climat (PNEC) exige des contributions régionales actualisées

La qualité de l'air : des progrès fragiles

La qualité de l'air à Bruxelles s'est améliorée ces dernières années, notamment grâce à la zone de basses émissions (LEZ) et au renouvellement du parc automobile. Selon les données IRCELINE, la concentration de NO2 aux stations de fond urbain avoisine 21 µg/m3 en 2025, contre environ 30 µg/m3 en 2019 aux mêmes stations. La future limite européenne de 20 µg/m3 (applicable dès 2030) est désormais tout juste dépassée.

Cependant, ces progrès reposent sur des mécanismes déjà en place. Depuis le 1er janvier 2026, les véhicules diesel Euro 5 sont interdits dans la LEZ, affectant environ 225 000 véhicules. Cette étape, décidée avant les élections, s'est appliquée automatiquement.

Sans nouvelles décisions :

  • Le calendrier ultérieur de la LEZ (diesel Euro 6 et essence Euro 3, prévus pour 2030-2035) ne peut être ni accéléré ni adapté
  • Les investissements dans les bornes de recharge électrique sur l'espace public stagnent
  • La reconversion des flottes de bus STIB vers l'électrique dépend de décisions budgétaires nouvelles

Ce qui continue de fonctionner

  • Bruxelles Environnement : suivi des émissions, monitoring de la qualité de l'air, délivrance des permis d'environnement
  • LEZ : la zone de basses émissions continue de s'appliquer selon le calendrier voté
  • Primes Renolution : traitement des demandes dans les limites budgétaires existantes
  • Réseau de monitoring IRCELINE : les stations de mesure continuent de fonctionner

Pourquoi c'est important

Le climat est le domaine où le temps perdu est le plus coûteux. Chaque année de retard dans la rénovation des bâtiments, la transition énergétique et l'adaptation aux vagues de chaleur urbaines creuse l'écart entre les engagements pris et la trajectoire réelle. Bruxelles, en tant qu'une des régions les plus denses d'Europe, est particulièrement vulnérable aux îlots de chaleur et à la pollution atmosphérique. Les programmes existants maintiennent un socle minimal, mais sans impulsion politique nouvelle, l'objectif 2030 s'éloigne chaque mois.

Ce que BGM ne dit pas

Cette fiche ne dit pas que Bruxelles va manquer ses objectifs climatiques à cause de l'absence de gouvernement — elle documente que les mécanismes de décision nécessaires pour atteindre ces objectifs sont gelés. L'atteinte de l'objectif 2030 dépend de nombreux facteurs au-delà de la gouvernance régionale.

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